Violences sexuelles et omerta: ce qui maintient le silence
Il y a des violences dont on parle peu.
Et il y a aussi tout ce qui contribue, autour, a ce que le silence se maintienne.
Dans la continuite de ce que j'evoquais sur les violences sexuelles subies dans l'enfance, je voudrais aborder un autre aspect, souvent plus difficile encore a entendre: l'omerta.
Je viens de decouvrir la bande dessinee On ne parle pas de ces choses-la, recemment recompensee par le Prix franceinfo de la BD d'actualite.
Je ne l'ai pas encore lue, mais son titre et son angle, le silence familial autour de l'inceste, ont immediatement fait echo a une partie de mon parcours professionnel.
Pendant pres de dix ans, j'ai travaille aupres de mineurs victimes d'agressions sexuelles, au sein d'une association designee par le Parquet pour representer l'enfant a la place de la famille lorsque celle-ci etait defaillante ou en conflit d'interets.
Ce qui m'a durablement marquee, ce ne sont pas seulement les violences subies, mais les obstacles poses par certains parents: refus que l'enfant soit rencontre, opposition aux procedures judiciaires, minimisation, deni, ou volonte que cela ne sorte pas.
Ces enfants etaient alors doublement victimes:
- d'abord de l'agresseur,
- puis d'un environnement qui ne les protegeait pas, et parfois luttait activement pour maintenir le silence.
Avec le recul, je mesure combien cette omerta n'est pas seulement une absence de parole. C'est un systeme de defense, parfois inconscient, parfois tres organise, qui vise a preserver l'equilibre familial, l'image, ou la loyaute, au prix de la securite psychique et parfois physique de l'enfant.
Ce type d'ouvrage me rappelle combien il est necessaire de continuer a penser collectivement ces mecanismes de silence, pour mieux comprendre ce qui empeche encore aujourd'hui tant d'enfants d'etre proteges et entendus.